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Pourquoi je ne prendrais pas cette force chez moi pour la donner à ceux qui ont de la difficulté ?

J’ai 21 ans et ça fait environ un an et demi que je suis impliquée avec Collège Frontière. Je me suis décidée peu de temps après les avoir connus. C’est vraiment le mot alphabétisation qui m’a attirée parce que c’est quelque chose qui me touche beaucoup, j’adore la langue française et j’aime beaucoup aider les gens. Collège Frontière réunit les deux.

Je fais partie de deux activités : le programme ADAP — ateliers de discrimination auditive et de prononciation — et le soutien à la francisation avec les enfants immigrants non francophones.
Le soutien à la francisation se fait dans les écoles primaires. Chaque semaine, je rencontre un élève et pendant la séance, je fais plusieurs activités : de la lecture, des jeux de connaissances générales, pleins de sortes de jeux pour que l’enfant puisse s’exprimer en français et n’ait pas le stress du professeur, de parler devant la classe… On est juste lui et moi, c’est pour y aller à son rythme à lui. Il me pose des questions, je lui apprends des nouveaux mots, ça ressemble à ça.

D’un autre côté, ADAP se fait avec des adultes, immigrants eux aussi. Ils font partie des classes de francisation à l’Université Laval et on fait de la phonétique. J’utilise des notions que j’ai apprises en phonétique, puis j’essaie de leur transmettre ça. On se pratique à dire des sons, à dire des mots difficiles et surtout à entendre, pour voir s’ils font vraiment la différence entre les sons du français.
Mes groupes à moi sont assez avancés, donc on travaille, par exemple, la prononciation du R en français pour les hispanophones. C’est fou, ils me disent souvent « je suis pas bon… » Je leur réponds « quand vous vous dites que vous êtes pas bons, demandez moi de dire un mot en espagnol, de dire un R, vous allez voir que ce n’est facile pour personne. »

J’ai étudié en psychologie, ça m’est très utile, en fait : au niveau de la confiance en soi, je suis capable de travailler un peu là-dessus, parce qu’ils en demandent beaucoup. Je pense qu’on a une part de responsabilité ; on a tendance à les infantiliser un peu, comme ils ne comprennent pas. Mais ce n’est pas une raison pour leur parler en bébé. Il y a une façon d’apprendre à des adultes. Ce n’est pas la même chose que d’apprendre à des enfants et il faut faire la différence.

En fait, je trouve que la communication c’est quelque chose de primordial. Et pour quelqu’un qui a de la misère à communiquer, c’est un vrai manque. C’est important de pouvoir les aider, de pouvoir les appuyer, donc c’est pour ça que ça me touche. Moi je considère que je suis quelqu’un qui peut bien communiquer. Donc pourquoi je ne prendrais pas cette force chez moi et la donner à ceux qui ont de difficulté ? Il y a la communication orale mais écrite aussi. Savoir lire, dans la vie de tous les jours, on en a tellement besoin. Et pour ceux qui ont de la difficulté, ça les freine dans beaucoup de choses.

Je pense que j’ai plus de reconnaissance de la part des adultes, donc c’est sûr que c’est encore plus le fun pour moi parce qu’à la fin, ils disent « merci, tu nous aides beaucoup ». Je sens que ça les aide, et ça me touche encore plus, parce que ça doit être vraiment difficile d’accepter de dire qu’on a besoin d’aide. Tandis qu’avec les enfants c’est plus indirect, peut-être qu’ils perçoivent moins ce que je fais pour eux, par contre je vois qu’ils sont contents de me voir. Juste ça, c’est quand même fort.

En tout, c’est deux heures semaines, une heure pour chaque activité. Si je compte la préparation, ça doit être 4 heures. Et je fais des rapports hebdomadaires.

Souvent, on dit qu’on n’a pas le temps de faire du bénévolat. Moi, j’avais cette opportunité-là et je me suis dit je vais me donner le temps de le faire. Une heure par semaine c’est rien, quand on y pense. Deux heures dans une semaine c’est vraiment rien. Je me suis dit je vais juste me donner le temps, puis en plus, c’est vraiment enrichissant pour moi pour ma maîtrise en orthophonie.
Là, je n’ai pas envie d’arrêter, mais la seule chose qui ferait que j’arrête, ça serait le trop plein de travaux à l’école. Je vais à la maîtrise donc ce sera plus exigeant. Mais une fois sur le marché du travail, je n’aurai aucune bonne raison d’arrêter, donc je vais recommencer.

J’ai développé le goût du bénévolat au secondaire : je faisais partie d’un programme à l’école qui m’obligeait à faire du bénévolat. C’était souvent des petits services communautaires, je sentais que ça aidait beaucoup et ça m’a marqué. J’en ai fait tellement !

Et ça me donne envie de voyager, d’aller voir ailleurs c’est certain. En fait, j’ai envie toute la séance de leur poser des questions sur leur pays ! Je le fais un peu, ça leur permet de s’exprimer, mais j’ai envie de poser des questions sur leur façon de faire, leur langue. Ça m’intéresse tellement de savoir comment ça marche de leur côté. J’aime vraiment beaucoup m’ouvrir à d’autres cultures.

Et on ne s’en rend pas compte en tant que Québécois, mais on utilise beaucoup d’expressions orales. On utilise « heu » et « pis » par exemple. On en dit beaucoup. J’essaie de mieux parler quand je suis avec eux pour qu’ils me comprennent, mais des fois, ils me disent « ça veut dire quoi PIS? ». Au début je ne comprenais pas : « pis de vache… »?!? Je ne voyais pas ce qu’ils voulaient dire. Ils m’ont dit « tu dis toujours ça PIS ». Alors on est tombé dans les expressions québécoises, pis là ils prenaient ça en note et j’essayais de trouver des expressions québécoises qu’ils ne comprenaient absolument pas. « Tu veux-tu… » Ils se demandent bien pourquoi on dit ça !
Ça m’amène à me questionner sur ma propre façon de parler quand je suis avec eux.

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