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Valoriser l’immigrant par la musique : l’aider à se redécouvrir, redonner confiance, c’est une source de plaisir instantané.

Je suis d’origine Chilienne, je suis ici depuis 1968, ça fait quelques années … et j’ai enseigné l’anthropologie au Cégep de Limoilou pendant plus de 32 ans.
J’ai fini en 2002, mais on est toujours entrain d’apprendre dans la vie. Il y a une histoire qui dit que dans le mot apprendre, il y a tout un programme de vie, il y a deux mots à l’intérieur : il y a prendre et rendre. Lorsque j’ai été émancipé — je n’aime pas le mot retraite, ça ne correspond pas du tout à ce que je suis — je me suis dit : « il faut rendre. Moi j’ai beaucoup appris, beaucoup pris de la société québécoise, de mes étudiants. »

Pour rendre, c’est le bénévolat. Mais pour bien le faire, il faut une tendance égoïste, personnelle. Qu’est-ce que j’aime dans la vie ? J’aime chanter, j’aime la musique. Est-ce que la musique pourrait aussi aider les autres ? La musique pour moi ça a toujours été une source d’épanouissement, de détente. Alors je pourrais concentrer mon bénévolat au service de la musique, avec l’expérience d’un immigrant et c’est comme ça qu’est né le projet.

Le fait d’être un immigrant d’arriver quelque part, tu connais ni la langue, ni les codes de communication ni la culture, pendant longtemps on n’est personne. Je me rappelle le 1er hiver ici, j’étais tout seul ici, je me promenais et je me sentais comme invisible. Il faut faire quelque chose pour les immigrants, les nouveaux arrivés : les valoriser pendant ce temps là, c’est plus ou moins long d’avoir une activité qui les valorisent, alors j’ai fondé les Rincon Latino, avec la Casa Latino-Américaine. En espagnol, rincon c’est un mot très chaleureux, ça veut dire le petit recoin.
Il y a beaucoup de professionnels — avocats, juges, … avec 10 ou 15 ans d’expérience — ils prennent les cours de francisation. Mais ils veulent savoir comment ça fonctionne leur profession ici, parce que apprendre à dire papa, maman, carotte, patate, … bon. Alors j’invitais ces gens pour qui c’est important travailler et qui ne peuvent pas exercer leurs activités pendant longtemps, qui reprennent leurs études. Et ils travaillent beaucoup la guitare, ils chantent et ça a été pour moi une source de plaisir et de récompense instantané, wow. Avec les Rincon Latino, au moins ils ont une forme de valorisation. J’ai mis en marche le rincon-latino et cette musique rencontre la poésie.

Actuellement c’est une fois par mois, quand j’ai commencé c’était une fois par semaine, ça demandait beaucoup d’énergie, mais on avait beaucoup de temps. Ça fonctionnait d’une façon plutôt informelle : les gens venaient prenaient la guitare, chantaient, placotaient, récitaient un poème, racontaient une histoire. Maintenant c’est plus structuré parce que de plus en plus on s’est aperçu que d’autres gens venaient : il y a les latinos, mais les soirées Rincon, ça aide aussi les Québécois et Québécoises qui apprennent l’espagnol. Il y a plus de 1000 étudiants à chaque session qui prennent des cours d’espagnol. Ils viennent écouter les chants, la poésie et parler avec les gens.

Le moment que je préfère, c’est quand il y a beaucoup de monde qui chante, je vois le dynamisme. J’essaie toujours de prendre du temps pour les nouveaux, je les accompagne. Ils chantent bien, ils jouent bien de l’instrument, mais n’ont pas de répertoire et n’ont jamais été sur scène, alors on se parle par téléphone, on se rencontre, on pratique. Des fois, ça prend un peu de temps, alors c’est intéressant. J’aime ça parce que c’est une autre façon de valoriser la personne, de l’aider à se redécouvrir, de leur redonner confiance. Mon dieu, c’est l’fun ! Une fois je faisais une audition : il est tout jeune et fils de minier et …wow ! J’écoutais sa voix d’immigrant, de quelqu’un qui a souffert, la voix a beaucoup plus de poids, de force et sa guitare… on est tous avec lui !

Il y a beaucoup d’interaction entre le public et le chanteur. Généralement, le public veut savoir qui est derrière la guitare, qui chante, sentir le contexte, des petits anecdotes de ton pays. C’est généralement l’occasion de rencontres très intéressantes et après le spectacle, on me téléphone « comment il s’appelle ? Tu peux me donner son numéro ? » Ils trouvent des emplois, des possibilités, c’est intéressant. Lorsqu’on est étranger, il faut faire les choses pas seulement bien, mais mieux que la moyenne pour être accepté.

Le moment le plus agréable c’est lorsque tu vois qu’il y a une complicité en musique, que tu es avec des gens qui partagent une passion, alors lorsque beaucoup de monde chante, c’est incroyable, ça fait du bien. La passion est toujours là, même si c’est plus structuré maintenant qu’au début, tu peux toujours faire d’aussi belles rencontres. C’est de la création. Même avec des gens qui viennent souvent, ce n’est jamais pareil parce qu’il y a toujours quelque chose de nouveau et plus d’assurance, plus de confiance.

Ma philosophie, ce que je cherche, c’est du plaisir comme tout le monde. À un moment donné, l’important c’est d’avoir du plaisir et que le plus grand nombre puisse le voir, c’est quelque chose que tout le monde cherche.

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