cecile-temoignage-benevole-francisation-limoilou-quebec
cecile-temoignage-benevole-francisation-limoilou-quebec

Il est naturel de partager : un artiste existe en montrant ses œuvres, de mon côté, je sais enseigner.

Je fais du bénévolat à deux endroits. Pour l’intégration des immigrants, je donne des cours de français au Centre Monseigneur-Marcoux (CMM). Et à Louis-Jolliet, ce sont des personnes qui ont été victimes d’accident cérébro-vasculaire, qui sont en train de se rééduquer au langage, et je les aide à monter une pièce de théâtre. J’ai 72 ans et j’ai commencé à m’impliquer à la retraite.

C’est ma 3e année au CMM. J’avais fait la même chose au Mieux-être des immigrants et je suis partie parce qu’ils ont déménagé, c’était beaucoup trop loin pour moi alors j’ai cessé d’y aller. Après, j’ai découvert qu’ils faisaient ça au Centre Monseigneur-Marcoux et j’ai décidé de donner mon nom. Il y a des personnes de toutes professions : des médecins, des enseignants, des ingénieurs, … Ils ne parlent pas un mot de français. Depuis que je suis arrivée, en général on me confie des gens tout à fait débutants ou même des personnes analphabètes. Je vois les mêmes élèves 2 fois par semaine ; présentement j’en ai trois : deux Bhoutanais et un Vietnamien.

J’aime beaucoup de choses. D’abord ces gens-là sont très attachants, ils sont des modèles de persévérance, de patience, de courage et ça m’impressionne beaucoup. Ensuite, ils sont tellement reconnaissants, on se sent tellement précieuse, appréciée, ça fait du bien. J’aime savoir que je peux encore aider, rendre service, parce que c’est évident qu’ils ont besoin de nous pour pouvoir s’intégrer à leur nouveau pays. Ils nous donnent tellement de leçons de générosité : ils sont admirables, je m’attache beaucoup aux gens avec qui je travaille.

Avant chaque cours, je me prépare. On a toujours un dossier de chaque élève où on indique ce que l’on vient de lui donner comme enseignement. À partir de là, j’enchaîne avec ce qui vient. On a un peu de manuels, des jeux pour enfants que j’utilise beaucoup pour faire parler les étudiants : ça allège, plutôt que de faire toujours de la grammaire. Et quand je débute avec des élèves qui ne me connaissent pas et qui n’ont pas de vocabulaire, je prépare des choses à la maison, des revues par exemple. Je les choisis pour leur donner du vocabulaire, que ce soit de la publicité sur des articles de cuisine, tout ce qui concerne la maison ou bien les vêtements, les revues de mode, les costumes : il faut qu’on commence avec un peu de vocabulaire avant de leur faire structurer des phrases.

J’aime beaucoup quand ils constatent qu’ils ont saisi quelque chose et qu’ils se mettent à l’utiliser. Quand on faisait le « pas, je ne veux pas » : il faut leur apprendre à placer les négations, ils vont dire « je ne pas, je ne pas veux ». C’est inouï comme les structures peuvent être compliquées et différentes pour les Vietnamiens, ou les Népalais. Tout d’un coup, ils ont saisi, alors on répète, ils l’ont, ils sont contents. Je ne voudrais pas me passer de ça.

J’en retire beaucoup, ces gens là m’inspirent. Ils arrivent ici et repartent à zéro. Comme les gens au Centre Louis-Jolliet qui sont aphasiques et qui travaillent à trouver leurs mots et à les prononcer. C’est magnifique. Ils ont demandé à leur professeur de monter une pièce de théâtre, comme défi. C’est pour ça que je me suis retrouvée avec eux, parce que j’ai toujours fait du théâtre, je suis metteure en scène. Alors ils sont venus me chercher pour les aider.

Ce sont des gens de 40 ans en montant qui ont tous été victimes d’ACV. Ils retrouvent la parole à des degrés divers, mais ceux qui parlent moins se sont donnés de plus petits rôles. Ils ont pris Blanche-Neige, ils se sont vraiment bien débrouillés. Je fais la mise en scène d’une troupe depuis 17 ans et il y a beaucoup de beaux costumes qu’on leur prête.
Ce qui m’émerveille, c’est de voir la simplicité, le courage et la patience que ça demande autant pour les nouveaux arrivants que pour ces gens-là qui ont eu un accident, de repartir comme un enfant, je trouve ça admirable, ça prend beaucoup de simplicité. Je sens ma présence plus importante avec les immigrants parce que pour eux c’est vraiment un besoin, alors que les autres, c’est plus un défi ; il y a du travail, mais aussi de l’amusement. Les immigrants n’ont pas le choix. Il faut bien qu’ils l’apprennent.

Mon plus beau moment, c’est quand j’étais au Mieux-être des immigrants. J’avais beaucoup de Colombiens, puis de Chinois et une Iranienne, une Russe, … Des gens d’un peu partout. Un jour, je suis arrivée à la pause-café et j’ai constaté qu’ils se parlaient en français !
Ils ne pouvaient pas faire autrement, il fallait qu’ils discutent entre eux, pas seulement les Chinois, pas seulement les Latinos et là, ils échangeaient en français. Je suis encore émue rien qu’en y pensant.

Quelques fois, le dimanche soir en me couchant, ça ne me tente pas d’y aller le lendemain « il faut que je me lève, ils annoncent moins 18 degrés, j’ai pas le goût, je suis fatiguée ». Mais aussitôt qu’on est arrivé, on est content : on les retrouve, l’accueil est toujours tellement chaleureux !
C’est valorisant, quand on arrive quelque part et qu’on sait que les gens nous attendent et qu’ils ont à recevoir de nous. Mais ils nous donnent beaucoup en retour, c’est très gratifiant. On a besoin de savoir qu’on a notre part à faire. Dans la société où on est, on constate qu’on est tellement choyés et on n’a rien fait pour ça.
J’écoutais un jour une entrevue de Jean Coutu à propos de ses fondations : « un peintre a besoin que ses peintures soient vues, un musicien a besoin qu’on aille l’entendre. Moi je sais faire de l’argent, c’est ça mon talent, alors j’ai besoin de partager ce talent. » Et moi je suis capable d’enseigner, c’est ce que j’ai à offrir, à partager.

Publicités

Laissez-nous un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s