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Les plus grandes passions durent toute une vie.

J’ai eu le bonheur d’animer la première émission d’animation musicale à CKRL fm 89.1, juste après les discours inauguraux : le premier vrai 2 heures de chansons. C’était le jeudi 15 février 1973, à 18h00. Ça fait 40 ans.
Ce qui m’a amené là, comme plusieurs autres, c’est une passion pour une discipline artistique – dans la plupart des cas la musique, tout dépendant du genre. Moi, c’était tous les genres, mais particulièrement le jazz. Je désirais partager ces connaissances-là et communiquer ça à des gens. J’étais curieux, toujours à l’affut des nouveautés et c’était le cas des autres camarades ou collègues.

Le médium radio m’avait intéressé depuis la plus petite enfance, fin des années 50. J’écoutais toutes les radios avec un petit poste, à partir de 1957 peut-être, à partir de 6 ans – j’en ai 62 maintenant ! – et ça me fascinait : j’essayais d’imiter des voix d’annonceurs, de faire pareil, comme un musicien qui apprend.

Arriver parmi les premiers animateurs, c’était rêvé, même si je n’en avais pas fait au cégep, dès la première génération, en 67-68. Notre premier directeur technique de CRKL était le directeur technique de la radio du collège de Limoilou. Alors, pour plusieurs d’entre nous c’était une très belle opportunité, pour l’aspect information, culturel d’abord, et politique, affaires publiques. À ma connaissance les facultés d’informations journalistes et de communication n’avaient pas de laboratoires en assez grand nombre pour pratiquer.

En me lançant, j’ai eu plus de bonheur que de stress, il est parti assez vite : c’est une passion qu’on décide d’aller vivre. Moi, je l’ai fait pour des gens. Par la suite à chaque décennie, le bonheur était toujours là : c’est un des endroits où je me sens le mieux. Je suis comme un poisson dans l’eau, je pourrais être là 24 heures d’affilées. J’aime vraiment ça.

On a des passions comme ça, les plus grandes durent toute une vie. Il y a la liberté, la créativité, la part de différence. Et même s’il y a d’autres avenues, je ne me serais pas vu à la télévision.

C’est totalement bénévole. J’ai été dans l’enseignement d’une façon très stable. Donc je n’avais pas besoin de chercher à tout prix à aller dans un autre milieu de communication, mais j’avais un endroit avec la liberté de faire de la radio comme je l’entendais, une liberté créative. Alors, même si je suis à la retraite depuis 3 ans, je fais de la radio depuis 40 ans, c’est logique. Je suis entièrement disponible à la radio, ce que j’ai toujours fait.

C’est un bénévolat qui se distingue du bénévolat dans des milieux défavorisés économiquement, ou sur des questions de santé. Je suis dans le domaine de la culture, parce que c’est une radio de culture.

Et de créativité : faire jouer des musiques qui ne jouaient pas ailleurs ou pas beaucoup. Par exemple, le classique, le jazz, la chanson francophone, française, la chanson de la relève, même de la chanson anglophone, les derniers groupes rock, les différents types de rock ou de pop, la chanson folk. En fait toute la musique de film, la musique électronique.

Pour plusieurs d’entre nous, il y a un aspect politique, dans l’importance de notre engagement avec la radio : à plusieurs reprises, j’ai fait partie du comité de programmation, ou de la qualité d’un volet d’écoute ou de la formation dans la mesure de mes disponibilités, parce que c’est un laboratoire, c’est une école, il n’y a pas de diplômes.

Les premières années d’enseignement, je me rappelle avoir été là tous les soirs de la semaine. De 7 à 11 hrs du lundi au jeudi. Depuis que je suis à la retraite, j’y vais pour 2 émissions, mais parfois je suis là 4 jours ou pour 6-7 comités. On rencontre des gens très intéressants, attachants et on reste en lien.

Mais quand les gens disent c’est un hobbie, en fait c’est un peu plus qu’un hobbie, parce qu’on essaie de faire ça professionnel. La preuve, c’est que plus de 150 d’entre nous ont poursuivi ça professionnellement. C’est une des plus belles aventures possibles. Même avec les habitudes d’écoute qui changent à cause des nouvelles technologies, des réseaux sociaux, d’une plus grande autonomie alors, le fait que quelqu’un se promène avec un casque sur la tête, un iPod avec 5000 tunes parmi ses préférés… Mais les gens nous affirment toujours qu’ils sentent qu’il y a une âme : ils aiment bien que quelqu’un puisse faire quelques liens entre les pièces !

Dans le milieu culturel, ça paraît moins le bénévolat. C’est intéressant d’en parler même si ça a l’air moins urgent, je suis à ma place à la radio. Alors dans le magasine du jeudi matin, j’essaie d’aborder des sujets qui, à ma connaissance, n’auront pas été abordés ailleurs : sur des questions vraiment communautaires. Je ramasse un petit feuillet de la bibliothèque Gabriel Roy et je choisis des sujets. C’est difficile : j’ai 4 places, c’est à dire pour 4 sujets, à raison d’un par demi-heure. Dans les temps forts – quand il y a des festivals de théâtre, de poésie, de jazz – il m’est arrivé parfois d’avoir été jusqu’à 18 sujets, parmi lesquels j’avais à en choisir 4 !

La radio c’est illimité, c’est juste toi qui peux mettre la limite. Pour une des deux émissions que je fais dans le jour – une sorte de magazine culturel à la fois sur la musique, le théâtre et la littérature – je vais voir des spectacles, on m’offre des billets et ça m’amène à sortir presque tous les soirs. Ça c’est comme un petit salaire indirect.

Mais en tout, ça me demande une vingtaine d’heures par semaine. J’écoute environ 7 disques à raison d’une heure par disque. Après ça il faut composer le texte et le remanier, donc c’est presque plus de la moitié d’une semaine. La satisfaction, c’est de rester au courant de la chanson, de découvrir. Mais c’est bénévole.

C’est comme un carrefour, un lieu de rencontre. Je vois mon rôle, un peu dans l’ombre. Des fois on peut mettre en relation le musicien avec quelqu’un qui produit, sans chercher à être à l’avant plan ni la vedette. Ce que je réalise depuis 3 ans, c’est que, si je n’avais pas été dans l’enseignement de la littérature, j’aurais probablement fait communication – relations publiques.

Un jour ou l’autre, surtout quand ça fait longtemps, il y est une certaine forme de reconnaissance ou de gratitude. J’utilise les deux mots, même s’ils sont presque synonymes. Ça te valorise, mais en même temps ça te motive pour poursuivre ton engagement. Tu te sens utile. Il y a une chanson comme ça de Julien Clair interprété par Juliette Gréco qui s’appelle Utile. C’est très agréable, surtout à la retraite et même à toute période de la vie, de ne pas se sentir inutile, surtout quand tu as des connaissances à partager.

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