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Apprendre une langue : si cette petite porte là est ouverte, les autres vont s’ouvrir. Ça nous complète et nous aide à grandir.

J’ai une longue expérience dans le domaine du bénévolat auprès des immigrants. J’ai commencé dans les années 80 en fondant le SAAI (service d’aide à l’adaptation aux immigrants) et je suis religieuse, alors j’ai donné des services à l’intérieur de la congrégation. Depuis 4 ans, je suis auprès des immigrants pour la francisation au Centre Monseigneur Marcoux.

Au départ, je vivais dans une famille ouverte, les gens étaient bienvenus chez-nous : j’ai appris le service, l’ouverture. Ensuite je suis devenue religieuse et j’ai passé 10 ans au Japon. Comme j’étais spécialisée en étude des langues et en linguistique, j’ai enseigné l’anglais là-bas et ici aussi avant. L’enseignement que je fais maintenant continue de m’ouvrir beaucoup et comme j’ai vécu moi-même la désinstallation, pour l’installation en fait, l’adaptation et l’intégration.

Au japon, j’ai dû m’adapter à toute cette culture différente, riche, belle et agréable aussi. Mais il a fallu apprendre la langue pour pouvoir faire le travail convenable. Pour moi, ce qui est essentiel pour les immigrants, c’est la langue, sinon ils ne peuvent pas vraiment vivre : il faut qu’il gagnent leur vie qu’ils soient heureux.
Quand j’étais au SAAI on prenait les réfugiés à l’arrivée : l’installation dans l‘appartement, aller les aider à faire l’épicerie, la première épicerie, la visite à la pharmacie. Pour nous c’est évident d’avoir 10 sortes de savon à lavage. Eux, ils arrivent devant tout ça ils se demandent lequel est le bon… C’était la même chose pour moi au Japon : tout était nouveau et tu ne peux pas t‘en sortir si tu n’apprends pas la langue. Mon expérience du Japon a continué de faire une ouverture aux autres, et je suis d’une nature plutôt humanisante, j’aime beaucoup les humains, je m’intéresse à toutes les personnes, j’ai un cœur comme ça.

J’aime les personnes : quand je vois des immigrants qui sont mal pris, j’ai tout de suite envie d’aller les aider. Quand on a une langue, on peut avoir la langue du cœur avec, alors juste une langue on peut faire déjà beaucoup, mais quand on a 2 ou 3 ou 4 ..! J’ai appris l’anglais au début, puis le japonais et l’espagnol aussi.

Lorsque j’ai terminé mes services à l’intérieur de ma congrégation, j’ai demandé aux personnes en autorité, quelles étaient leurs attentes,. On m’a dit « Marthe, tu as déjà travaillé auprès des immigrants, si tu as encore le goût de le faire, ça serait bien. » Ça me fait plaisir, je vais retourner dans un domaine que j’aime beaucoup ! J’ai cherché un peu et, par un concours de circonstances, j’ai appris que le Centre Monseigneur Marcoux avait le service de francisation : c’est un lieu pour intégration des immigrants, on ne donne pas de cours magistraux, on a beaucoup de monde, mais on donne surtout une aide individuelle.

Ce n’est pas qu’une question de langue, mais c’est une question culturelle, d’habitudes, de la façon dont on fait les choses. Dans le monde entier, on ne fait pas les choses de la même manière. Des petites choses sont différentes et puis, juste ici, c’est difficile la question des impôts et des taxes, même pour les personnes natives du pays qui ont fait leur secondaire ou leur cégep.
Quand on immigre, on se sent revenir un bébé, à l’état de l’enfant. Au japon, je me disais ça j’ai dit j’ai l’impression d’être un parapluie tourné à l’envers tout ce que j’avais comme repères ne tenait plus.

Alors c’est le cas pour les français, c’est le cas pour les Haïtiens qui arrivent et les africains francophones aussi. Je trouve toujours que le gouvernement n’aide pas suffisamment les gens, surtout ceux qui arrivent et ne parlent pas du tout le français, c’est leur porte d’entrée pour tout le reste et ils ne donnent pas suffisamment d’heures de français.
Je dis ça parce que nous recevons beaucoup d’étudiants qui ont fini la francisation et n’arrivent pas à tout comprendre. Ils n’arrivent pas à parler et à se débrouiller naturellement.
On a peut-être 40 à 50 personnes qui viennent pendant la semaine. Certains travaillent, ils viennent une demi-journée ou viennent une journée dans la semaine; il y en a d’autres qui viennent tous les jours.
Moi, j’y vais 2 jours par semaine, le mercredi et le jeudi. Et je n’ai pas toujours les mêmes élèves. Pour les manuels, on a une collection de volumes pour l’apprentissage du français et puis on s’en sert selon les débutants, les niveaux intermédiaires ou avancé. Depuis cette année, on a des volumes pour la francisation des analphabètes.

J’ai le souci du bonheur des autres, ça c’est clair pour moi. Je le fais dans le but que cette petite aide que je peux donner, puisse les aider à rester, les rende un peu plus heureux chaque jour. Chaque fois que je les vois, j’ai le souci de leur faire du bien.
Le plus beau moment, c’est quand une personne analphabète a réussi à lire un petit mot ! Elle a découvert ! Ce sont des beaux moments pour moi, parce que je me dis « si cette petit porte-là est ouverte les autres vont s’ouvrir. »

Parce que le bonheur, tout le monde le cherche, tout le monde le veut, tout le monde le désire.  Il y a des moyens à notre disposition et on ne les voit pas. Pour ces gens-là, ça peut les aider et faire leur bonheur. Quand j’ai des bonnes nouvelles de personnes que j’ai aidé dans les premières années, ça me fait plaisir. Tant mieux, ils sont plus heureux, parce qu’ils ont pu apprendre le français, parce qu’à leur arrivée, quelques personnes qui les ont aidé.
Tout en essayant d’aider les autres personnes, ça revient sur nous aussi, ça nous complète, ça nous aide à grandir nous autres aussi, on essaie de faire grandir les autres, alors il reste quelque chose en nous.
À chaque fois que j’ai des expériences de ce genre, c’est comme si ça me fait grandir, ça me fait devenir de plus en plus ouverte et compréhensive de l’être humain.
Ce qu’on dit d’habitude « on n’arrache pas les fleurs pour les faire grandir, on les arrose et on les entretient ». Pour moi la vie c’est comme ça ; on entretient les amitiés, les personnes qui sont autour de nous. Si une journée, la personne a découvert qu’un A, c’est un A, c’est beau !

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